Propagande : L’aveu de Dominique Baudis. (3)

Le Torchon Rouge laisse la parole à Olivier Azam, co-réalisateur avec Daniel Mermet de « Chomsky et Compagnie »*. Il revient sur la campagne européenne où le dernier des « comte[s] de Toulouse », Dominique Baudis, dans sa quête de l’Union, comptait bien se servir d’armes médiatiques. Troisième et dernière partie.

 

ZALEA TV CONTRE LE CONSEIL (D’INTERETS) SUPERIEURS DE L’AUDIOVISUEL, LAGARDERE  ET COMPAGNIE

Les nouveaux entrants sur la TNT nationale étaient des chaînes pour enfants (faîtes par un marchand d’armes sans que ça choque personne !) et des chaînes musicales. « Dansez, chantez, et dormez bien les petits ! ». Aucune chaîne ne dérogeait vraiment à cette fonction de somnifère ultra puissant... Aucune, sauf un petit camp retranché dans le quartier de Stalingrad à Paris… Zalea Tv, télé associative que nous avions revendiquée, dès sa création, pour mettre la barre au plus haut: « télé libre nationale ». Cette téléviZone d’Action pour la Liberté d’Expression Audiovisuelle était candidate à la T.N.T. Avec elle, quelques autres télé libres locales historiques, des centaines d’associations, de cinéastes interdits de télés, des dizaines de milliers d’heures d’images qui étaient sorties des caves quelques années auparavant, au moment des actions dites « pirates », et surtout une autre façon de faire de la télé, en toute liberté. Les actions répétées de la Coordination Permanente des Médias Libres (C.P.M.L.), pendant la préparation de Loi Trautmann de 1999, avaient contribué à une ouverture considérable. La porte était entrouverte à une explosion du type « radios libres », l’expérience en plus. Pour la première fois depuis l’éclosion des radios associatives et les premières actions de télés pirates des années 80 (dont Antenne 1), les télévisions associatives étaient légalisées officiellement. Il restait à le faire concrètement. A l’époque, à coup de campagnes de diffusions temporaires, autorisées ou pas, depuis un satellite, dans un défilé, du toit face à l’AFP, de celui de Cognac-Jay, du sommet de la tour Eiffel conquis pour quelques mois (3)… On rêvait d’un grand bond en avant et le slogan de Zalea tv à sa création en 1999 était « une autre télévision est possible ». 

Ce grand élan se heurtait toujours au même mur dressé tantôt par le C.S.A., tantôt par les élus qui se renvoyaient la patate chaude. L’Assemblée Nationale n’avait pas voulu voter de fonds de soutien pour les télés associatives tel qu’il en existait un pour les radios. Ce qui permettait au C.S.A. de répliquer : « On vous autoriserait bien si vous étiez viables, mais les parlementaires ne vous ont pas donné les moyens donc vous n’êtes pas viables ! », et bien sûr les parlementaires de nous dire : « On serait prêt à trouver une solution financière, mais le C.S.A. ne vous  donne pas d’autorisation permanente ! », ou encore un élu du Parti Socialiste (J.C Cambadelis pour ne pas le citer) : « Vous pensez bien qu’on n’allait pas vous aider quand on était au pouvoir… Et maintenant, on n’est plus aux affaires ! » et de nous envoyer voir son « copain  d’en face » Pierre Lelouch, RPR certes, « un mec sympa » selon J.C. Cambadelis, mais pour qui sans doute Zalea Tv était un repaire de dangereux terroristes.

Les « télés libres » ne manquaient pas d’imagination et d’idées pour faire avancer cette cause pas forcément perdue d’avance, tant les projets étaient concrets, professionnellement organisés, inventant des dispositifs malins, bricolant avec du matériel récupéré dans les poubelles de la télé et prouvant sur la durée leur capacité d’existence.

Comment financer  ces télés associatives pour qu’elles soient vraiment indépendantes ? Multiplier les financements, faire appel au soutien direct des spectateurs/acteurs, créer un fonds de soutien automatique, une sorte de taxe Tobin, jusqu’à ce qu’on puisse mettre en place une totale autonomie. Pour aller plus loin que cette solution déjà en place pour les radios associatives, l’idée consistait à taxer les autres biens publics exploités par les groupes privés, tel que ceux de la téléphonie mobile. Cette idée était jugée farfelue par tous les interlocuteurs … Jusqu’à ce que l’idée revienne par la grande porte l’année dernière lorsque le président Sarkozy décida de supprimer une partie de la publicité sur la télévision publique. Mascarade encore ! Comme ces auditions et attributions de fréquences par le C.S.A., qui entretiennent grossièrement l’illusion démocratique alors que les règles du jeu changent entre l’appel et l’attribution pour permettre aux copains leur grand rapt (4).

En 2005, alors que le C.S.A. donnait sa bénédiction aux  groupes AB (AB1) et Largardère  (servi trois fois le même jour avec Canal J, Gulliver, Europe 2-TV), aucune télé associative n’était autorisée sur la T.N.T. nationale.

Jean-Pierre Cottet (Groupe Lagardère et ex France Télévision) déclarait alors: « Nous avions parié sur le courage du C.S.A. Son choix est la reconnaissance du rôle grandissant que doit jouer le groupe Lagardère dans le secteur de l’audiovisuel » (5).  La messe était dite.

 

Zalea Tv avait pourtant enfin trouvé une parade à l’argument de viabilité toujours brandit par le CSA : Déposer une candidature sur la TNT payante… avec un abonnement sous forme de PAF (Participation Aux Frais) à 17 centimes par mois par. Cette solution permettait d’équilibrer le plan de financement. Et on pouvait aussi imaginer une participation du même type pour la production de films (6). Le C.S.A. mit du temps à rendre sa décision, mais encore une fois jugea que Zalea Tv n’était pas viable car même à 17 centimes par mois, c’était une somme bien trop excessive d’après les sages. Quand on voit aujourd’hui la pauvreté des programmes déversés sur les « bouquets T.N.T. », Zalea Tv n’avait vraiment pas à rougir de ses solutions bricolées au service d’un contenu qui reste encore totalement inédit aujourd’hui à la télévision. 

Passons sur les détails, les tractations, la pression de TF1 ayant flairé le mauvais coup mais obligé de faire acte de présence, les fréquences rendues par certains groupes immédiatement après attribution parce qu’ils avaient fournis des plans de financements bidons et ne trouvait finalement pas l’argent pour démarrer…

Zalea Tv n’eut d’autre recours légal que d’attaquer le C.S.A. au Conseil d’Etat, dont le consultant en affaires d’audiovisuelles n’est autre que… le C.S.A. lui même !  Le rendu du Conseil d’Etat tombait avec une rapidité exceptionnelle : Zalea Tv était immédiatement déboutée. (7) La porte se refermait tranquillement, dans l’indifférence générale et le silence complice ou gêné de la presse aux ordres.

En 2007, il ne restait plus qu’une dernière possibilité pour les associatives : se replier sur la T.N.T. régionale. Après son dernier baroud d’honneur sur internet pendant la campagne présidentielle (période pédant laquelle la liberté d’expression était traditionnellement suspendue pour les associatives) Zalea Tv fut bien sûr rejetée, sans même que le CSA prenne la peine d’argumenter. Les dernières associatives encore en vie n’avaient plus qu’à tomber dans le piège des cases horaires perdues, morcelées, encadrés par les institutionnelles et les commerciales, condamnées à pourrir dans un coin ou à se coucher pour quelques milliers d’euros. Ça en était fini pour longtemps.

BIENTOT LA VICTOIRE !

La T.N.T. avait été juste verrouillée à temps, en cas d’alternance à gauche. Dominique Baudis et ses copains avaient accompli leur mission, joué leur rôle (8).

Après l’élection de Nicolas Sarkozy, l’équipe de Zalea Tv avait épuisé tous ses moyens légaux et humains. Elle décida de s’autodissoudre dans la nature « afin de mieux renaître de ses cendres, sous d’autres formes ».

Le mouvement fut donc suivi fin 2008 par AB groupe et Lagardère, que nous devons encourager à s’autodissoudre plus souvent.

Quant à Dominique Baudis, il n’a pas renoncé au combat de sa vie, au service de la propagande la plus féroce, de l’Europe des puissants, des coquins et des malins.

Aujourd’hui, dix ans après la création de feu-Zalea Tv, l’ex président moralisateur Baudis écrit directement à la ministre de la propagande, sans même faire référence au C.S.A. qui est pourtant censé «  garantir l'exercice de la liberté de communication audiovisuelle dans les conditions définies par la loi. »

Sous le règne de Sarkozy, la droite décomplexée ne fait même plus semblant de jouer à la Démocratie. Mais plus grand monde n’est dupe et la peur commence à gagner nos élites qui ne savent plus comment faire leurs affaires ?  Allez… Encore un petit effort d’imagination… Disparaissez ! 

Olivier Azam

Réalisateur, cofondateur de Feu-CPML et de Feu-Zalea Tv.

Notes de bas de page :

 

 

3-Voir le film « On la fermera pas ! » - Zalea tv, en ligne ici :  http://www.zalea.org/spip.php?article759

4-Tout ça et raconté en détail ici : ZALEA TV et la T.N.T. http://www.zalea.org/spip.php?article19

 

5-Repris sans rire, dans Le Monde du 10/5/2005

 

6-Ce que nous avons fait plus tard avec Daniel Mermet au sein de la coopérative Les Mutins de Pangée pour le film « Chomsky&Cie », financé avec succès par souscription.

 

7-Le Conseil d’Etat a notamment fermé les yeux sur le mensonge du CSA concernant l’absence de grille de programme pourtant détaillée dans le dossier.  L’ordonnance du Conseil d’Etat n’évoque pas non plus l’article 29 de la loi de 1986 modifiée en 2000, article de loi du recours de Zalea TV : " (...) Le Conseil (C.S.A.) accorde les autorisations en appréciant l’intérêt de chaque projet pour le public, au regard des impératifs prioritaires que sont la sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socio-culturels, la diversification des opérateurs, et la nécessité d’éviter les abus de position dominante ainsi que les pratiques entravant le libre exercice de la concurrence. (...) "

 

8-Voir le pamphlet vidéo « Aux chiottes le C.S.A. » : http://www.zalea.org/spip.php?article1166

 

 

*http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=1471

 

Olivier Azam pour Le Torchon Rouge

Rapido !

En direct des studios
Le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) a rappelé la chaîne Direct 8 (groupe Bolloré) à ses obligations "d'honnêteté" à la suite d'une émission de Jean-Marc Morandini retransmettant les funérailles de Michael Jackson le 7 juillet dernier.
En effet, l’émission présentait des images incrustées de deux journalistes commentant la cérémonie avec la mention "En direct de Los Angeles", alors que les journalistes étaient dans les studios de Direct 8". Vive la déontologie !

Pic de H1N1 dans les JT

Près de 700 sujets ont été consacrés à la grippe H1N1 dans les journaux télévisés français depuis son apparition au Mexique, une communication "à outrance" plus importante qu'à l'époque de la vache folle, selon une étude de l'Institut national de l'Audiovisuel (Ina).

Cette année, la grippe H1N1 a donné lieu à 680 sujets, soit un sujet sur deux de la rubrique "santé", selon le baromètre thématique des JT de l'Ina. Un pic de 41 sujets a été atteint le 30 avril.

Du 24 avril au 4 mai, au moment de la propagation de la grippe depuis le Mexique, 200 sujets ont été consacrés à la maladie, soit 10 sujets par jour en moyenne.

"Désormais, informer, même à l'outrance, contribuerait à diminuer le risque", toujours selon l'Ina.

L'Institut de veille sanitaire (INVS) chiffre le nombre de morts par an, provoquées par les cancers d'origine professionnelle, dans une fourchette allant de 6.000 à 12.750. 70% des 2,4 millions de salariés exposés à des produits cancérigènes sont des ouvriers. Pas un mot dans les JT.

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Dessin extrait de La Décroissance, n°38,
avril 2007. BD de Dom et Druilhe
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